Le lundi 7 février 2000.
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La grande conspiration du dézonage

  

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En France, le piratage de DVD est peu développé, mais la protection par "zonage géographique" est déjà inefficace. Les disques des derniers films américains traversent allègrement les frontières...

Le piratage n’est pas encore un problème central en France. Les graveurs de DVD coûtent au minimum 50 000 F, ce qui dissuade les pirates. De surcroît, un DVD vierge coûte 200 F, alors qu’un titre enregistré ne coûte que 150 F...". Arnaud Groschtern, PDG de Genedis, l’un des principaux grossistes français en DVD, est confiant dans la technologie élaborée par le Consortium DVD. "La macrovision protège assez bien, poursuit-il. De toute façon, les copies illégales ne peuvent pas être de vrais DVD. On perd toute l’interactivité du numérique en le transférant sur un support analogique. L’arborescence avec un menu et des fichiers disparaît. On ne peut plus accéder à des “bonus”, tels que la bande annonce du film, les scènes coupées au montage qui figurent en hypertexte sur le disque. On ne peut plus changer la langue, ni les sous-titres."

99 % de DVD piratés en Ukraine

À l’Association de Lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA), on tient un langage un peu moins rassurant. Selon Jean Sainati, délégué général, 10 % du chiffre d’affaires français du DVD serait détourné par le piratage. La France figure parmi les pays les moins touchés, les pires exemples se trouvant en Ukraine (99 %), en Russie (85 %), et pour l’Europe, en Italie (30 %). La Suède et la Norvège, avec chacune 5 % de leur marché piraté, sont les plus vertueuses.

"Nous n’avons pas encore, chez nous, la filière de pressage de DVD illégaux de Hong-Kong et de la Chine, mais cela nous pend au nez, s’alarme Jean Sainati. À Paris, on presse des VCD pirates dans les quartiers chinois — le VCD est une technologie antérieure qui s’est surtout développée en Asie. Mais la plupart des trafiquants dupliquent en analogique. Il y a actuellement un parc de 18 millions de magnétoscopes en France, contre à peu près un million de lecteurs de DVD. Faire du magnétique est donc toujours une bonne affaire."

Le monde, divisé en six zones

La plupart des Français préfèrent donc encore acheter leurs DVD. Le trouble n’est pas aussi grand que dans l’univers du CD, où la vogue du MP3 et des graveurs a déjà fait chuter les ventes. En fait, Hollywood craint surtout que le DVD ne fasse concurrence aux films projetés sur grand écran. Car cette technologie a donné aux amateurs un moyen supplémentaire de contourner la "chronologie des médias" : le délai légal à respecter avant de pouvoir commercialiser un film sur cassette VHS ou DVD. En France, ce délai est de neuf mois à compter de la sortie en salles.

Pour s’assurer que la "chronologie des médias" soit respectée, le Consortium DVD a divisé le monde en six zones, correspondant à six types de lecteurs DVD. Les fabricants intègrent une puce à leur lecteur, ou bien un codage logiciel, de sorte qu’un lecteur "zone 2", c’est-à-dire européen, ne puisse lire un disque "zone 1" sorti aux ...tats-Unis. Un Français devra donc théoriquement attendre la parution du film en DVD "zone 2" pour le visionner (voir article de Transfert : Le DVD est crackable !).

Les lecteurs réservés aux Américains sont disponibles en France !

Mais il est déjà possible de se procurer, en France, les lecteurs et les disques "zone 1". Rappelons que le zonage est le fruit d’un accord contractuel conclu au sein du Consortium DVD. Il ne revient pas à la police de contrôler l’application de cet accord. Aussi, plusieurs fabricants ont choisi de construire des lecteurs "multizones". À Paris, certains magasins spécialisés offrent de "dézoner" les lecteurs. On trouve même des petites annonces en ce sens dans des revues professionnelles comme Les Années Laser.

Une fois équipé d’un lecteur américain, l’acheteur français peut commander sur Internet des titres à peine sortis aux ...tats-Unis, et activer la fonction multi-langage pour obtenir une version en gaulois. Il choisit alors de se mettre hors-la-loi. En revanche, la responsabilité pénale des vendeurs de lecteurs "zone 1" ne peut pas être engagée puisqu’elle n’a pas de fondement législatif.

La chronologie des médias vacille

Ce problème est parfois accentué par les accords dont disposent les distributeurs. Exemple  : les grands magasins, de type Fnac ou Virgin, sont autorisés à vendre des titres américains pas encore sortis dans les salles en France, à condition que le DVD ne comporte pas de version traduite en français. La ruse est belle : le film n’est pas passé devant la commission qui accorde les visas d’exploitation car son travail de classification et d’agrément se limite aux œuvres doublées ou sous-titrées en français... Le film non-examiné n’est pas concerné par la chronologie des médias à la française. Ironie du zonage... Vous y aviez cru, vous, que le DVD était une technologie "in-vi-o-lable"  ?

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