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Le jeudi 21 juin 2001.
Société /
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L’"Appel du 18 juin" (voir La France parle aux Français) intervient une semaine après la tenue d’un colloque sur la manipulation de l’information, occasion de faire connaissance avec ses experts ès-qualités.
L’Ecole de Guerre Economique (EGE) organisait, le 8 juin dernier, un colloque consacré à la "manipulation de l’information", occasion de faire plus ample connaissance avec quelques-uns des principaux acteurs français de la "guerre de l’information". Le sujet, s’il n’est pas encore bien balisé, ni défini (pourquoi appeler "guerre" des manœuvres qui ne font pas de morts ?), fait néanmoins les choux gras des médias. Englobant tout à trac la notion fourre-tout de "cybercriminalité", les virus informatiques, manipulations médiatiques, tentatives de déstabilisation… la guerre de l’information est tout autant un spectre virtuel _ dont les dégâts sont parfois bien réels _ qu’un générateur de chiffre d’affaires pour sociétés de sécurité informatique et autres consultants ès-qualités. Le lobbying visant à renforcer l’arsenal juridique (voir les projets de LSI et de Convention sur la cybercriminalité), incitant professionnels et pouvoirs publics à collaborer pour mieux se défendre, ainsi qu’à s’équiper, se former, anticiper, va crescendo. L’"Appel du 18 juin" émane de la galaxie EGE (voir La France parle aux Français ), qui fait profession de "guerre de l’information", mais elle n’est pas la seule sur le créneau. " L’homme doit savoir viser au-delà de son champ de vision " Daniel Martin, ancien commissaire divisionnaire, conseiller de l’OCDE, membre du conseil scientifique de la Défense, ancien de la DST et animateur d’un groupe du G8 sur la criminalité high tech, est l’une des références françaises en la matière. Sa devise : "l’homme doit savoir viser au-delà de son champ de vision". C ’est dire l’ampleur de la tâche qu’il s’est assignée. Fondateur de l’Institut International des Hautes Etudes de la Cybercriminalité (ou Cybercriminstitut), il cherche à "appuyer là ou ça fait mal", mener des actions de lobbying dans le monde entier et améliorer la lutte contre la délinquance et la criminalité cyber. Pour cela, le Cybercriminstitut a créé 15 "task forces" réunissant un réseau d’experts internationaux issus de la "nouvelle économie", de l’informatique, du monde du renseignement, de l’intelligence économique et stratégique, du privé et du public. On y cause sécurité des entreprises, évaluation de la menace, aspects juridiques, gestion des cybercrises, mais aussi droits de l’homme et protection des libertés. Plus surprenant, il y est aussi question des "aspects sociaux, médicaux et psychologiques" du pirate informatique : "l’intéressant n’est pas de savoir comment il a fait, mais pourquoi il en est arrivé là". Le Cybercriminstitut a même convié une universitaire spécialiste de la question, ainsi que des membres du RAID, pour en disserter ! " Le but n’est pas d’être guerrier, mais quand ça finit
à Auschwitz... " Universitaire, médiologue, intervenant à l’EGE et auteur de deux récents ouvrages sur la question (*), Francois Bernard Huyghe est lui aussi un ponte de l’"infostratégie", auquel il consacre d’ailleurs un observatoire. Si Martin s’intéresse à la psychologie des cyberdélinquants, Huyghe parle quant à lui de "tribus" pour qualifier ceux qui, militants ou hackers, s’opposent au nouvel ordre mondial des réseaux. A l’écouter, on se croirait revenu au temps des explorateurs du XIXe partis à la conquête de territoires qu’il s’agirait de coloniser, et donc de "sauvages" à pacifier, convertir, neutraliser, voire détruire... Huyghe reconnaît d’ailleurs : "c’est chez les militaires que j’ai trouvé le plus d’ouverture d’esprit, plus que du côté universitaire. Mais je suis optimiste sur la capacité des politiques à comprendre, et de l’université à s’ouvrir.", Christian Harbulot, qui dirige l’EGE, tentait avec ce second colloque (en deux ans) de sensibiliser les Français à la notion de guerre de l’information. A une journaliste qui s’inquiétait de tant de discours d’inspiration guerrière, il avança que les journalistes sont ses "meilleurs alliés, le but n’est pas d’être guerrier mais de ne pas regarder les trains qui passent : il faut faire passer les infos, une partie des gens sont comme a Munich et regardent les trains, mais quand ça finit à Auschwitz..." Mais quel rapport (douteux, au demeurant) peut-il y avoir entre la "guerre de l’information" et une politique d’extermination ? Philippe Baumard, lui aussi universitaire et expert en la matière, affine le propos : "il n’y a pas de morts, mais des chômeurs". Il estime par ailleurs que "sur l’aspect stratégique et doctrinaire, la France est bonne dernière". On se le tiendra pour dit. *"L’information, c’est la guerre : des missiles, des émissions, des électrons..." coll. Panoramiques Ed Corlet, 90F, et "L’ennemi à l’ère numérique : chaos, information, domination", Ed. PUF, 138F Le Cybercriminstitut:
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