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31/01/2001 • 16h10

Echelon mis à nu

Auteur de Surveillance électronique planétaire qui vient de sortir en librairie, le journaliste Duncan Campbell a révélé au grand public l’existence du programme anglo-saxon d’écoutes et d’interception des télécommunications.

Surveillance électronique planétaire (1) vient de sortir en librairie. Il s’agit de la traduction française (et mise à jour) du rapport que le Parlement européen avait commandé en 1998 à Duncan Campbell. Une excellente présentation du programme anglo-saxon d’écoute et d’interception des télécommunications, connu sous le terme générique d’Echelon.

Les Américains commencent timidement à reconnaître l’existence d’Echelon...


DR
Rappelons d’abord qu’Echelon n’est qu’un sous-système du programme global de surveillance que maintiennent les Américains et les Anglais. Je pense, par ailleurs, qu’il est préférable de parler du système de surveillance UKUSA [du nom du pacte secret signé par les deux pays en 1947 - NDLR]. James Woolsey, qui dirigea la CIA de 1993 à 1995, déclara en mars 2000 au Wall Street Journal : "Eh oui, chers amis continentaux, nous vous avons espionnés parce que vous pratiquez la corruption." Je ne sais si je dois en rire ou en pleurer, mais il louait également "l’honnêteté intellectuelle" de mon travail, parce que je précisais, dans mon rapport pour le Parlement européen, que les Américains justifiaient les cas d’espionnage industriels que j’avançais par des accusations de corruption visant à remporter les contrats. Ce que mentionnent rarement les journalistes quand ils parlent d’Echelon. Cela dit, dans les quatre ou cinq exemples avérés d’espionnage industriel que je rapporte dans le rapport, dont les affaires, bien connues d’Airbus et Thomson CSF, il y en a aussi un qui n’a rien à voir avec la corruption. Par exemple, le Tornado, cet avion de chasse fabriqué par un consortium européen et vendu dans le monde entier, sans même parler de la surveillance effectuée par les Américains à l’occasion des négociations multilatérales...

A-t-on une idée de l’ampleur de l’espionnage industriel pratiqué ?

J’estime que les ...tats-Unis font remporter aux firmes américaines quelque chose comme 25 milliards de dollars de contrat chaque année, aux dépens de leurs concurrents, essentiellement européens et japonais. Les principaux marchés visés sont ceux des télécommunications, de l’aérospatial, l’industrie lourde, l’environnement... La politique du gouvernement américain est de ne pas donner d’informations confidentielles aux sociétés privées, mais de les "assister". Il ne contacte pas les responsables pour leur expliquer qu’un rapport de la CIA, couplée aux informations interceptées par la National Security Agency [NSA, l’agence qui chapeaute le programme Echelon - NDLR], attestent que leur concurrent allemand ou japonais propose 4,95 dollars l’unité d’électricité, et que s’ils proposaient 4,90 dollars, ils remporteraient le contrat ! Il ne permet même pas à la société de savoir qu’elle a bénéficié des bons conseils de la NSA. Il chuchote simplement à l’oreille des entreprises quelques menus conseils, comme de descendre le prix à 4,90 dollars, sans autre explication. Subtile nuance.

Est-ce légal ?

Jusqu’en 1993, il n’existait pas de politique définie en la matière. À cette époque est intervenu au Congrès un débat public autour de deux questions : "Devons-nous utiliser ce que nous collectons en matière d’intelligence économique pour aider les sociétés privées ?", et "Qu’est-ce qu’une société américaine ?" Ford fabrique ainsi une partie de ses voitures en Corée, et certaines firmes japonaises ont des usines aux USA. La réponse est aujourd’hui disponible sur le site du Département du Commerce américain : son Advocacy Center (centre de soutien) propose un questionnaire où l’on peut déclarer travailler pour une société américaine en butte à un compétiteur allemand qui, lui, bénéficie de l’aide de son propre gouvernement... Et voilà, le tour est joué. C’est une politique très claire mise en place par Clinton pour venir en aide aux industriels américains, et cela a d’ailleurs contribué à son élection.

Comment ça marche ?

Supposons qu’il s’agisse d’un contrat au Brésil. Vous remplissez les dictionnaires [logiciels qui filtrent les communications par mots-clés - NDLR] des stations d’écoute de la NSA qui couvrent l’Amérique du Sud et l’Europe avec le nom des sociétés en compétition, de leurs dirigeants, des officiels brésiliens chargés de veiller à la bonne tenue du contrat, leurs numéro de téléphone et de fax respectifs et tous autres mots-clés relatifs au marché en cours (nom du projet, des matières premières ou produits manufacturés en jeu, etc.). Quand Thomson CSF communique avec son correspondant au Brésil, vous interceptez la communication, ce qui ne devrait pas être trop compliqué, à moins qu’ils ne l’aient cryptée. En l’espèce, Thomson CSF tentait de corrompre un officiel brésilien, ce qui a permis au gouvernement américain d’intervenir et de remporter le contrat.

Existe-t-il des systèmes de surveillance privés ?

Bien sûr. Certaines multinationales embauchent d’anciens agents de la NSA pour ça. Le moyen le plus simple est d’intercepter les communications satellites. Si elles ne sont pas cryptées, ça peut être très précieux. Mais le problème est moins de savoir ce qu’il est possible d’apprendre que ce que l’on peut en faire. Une multinationale peut voler des secrets industriels et battre au poteau l’un de ses concurrents, mais c’est toujours inférieur à ce qu’un pays comme les ...tats-Unis peut faire. En l’état actuel, je dirai qu’ils peuvent surveiller de 80 à 90% des communications internationales non cryptées. Ceci exclut donc celles qui restent à l’intérieur même de frontières nationales.

Vous venez d’être auditionné par la commission d’enquête du Parlement européen. Votre sentiment ?

Le mandat de la Commission n’est pas restrictif et laisse toute marge de manœuvres aux membres qui la composent. Elle pourrait même recommander de changer la loi de telle sorte que l’espionnage industriel, au sein même de l’espace européen, soit considéré comme contraire à la loi. Si la commission s’était contentée d’étudier les possibles violations du droit européen, liées à l’existence d’Echelon, elle n’aurait pas pu aller bien loin puisque le cadre légal qui cimente l’Europe est resté très vague en matière d’espionnage industriel. Les parlementaires verts et ceux qui les soutiennent voulaient se doter de pouvoirs d’investigation leur permettant d’obliger les officiels à témoigner. La commission ne dispose finalement pas de ces pouvoirs-là. De toute façon, le gouvernement britannique, souvent mis en cause, aurait trouvé moult prétextes et recours légaux pour éviter à ses officiels d’avoir à venir à Bruxelles répondre à leurs questions. Alors qu’est-ce que ça change ? La forme actuelle de la commission est aussi bonne, sinon meilleure, que ce que les Verts demandaient

Et qu’en attendez-vous ?

Echelon est devenu une problématique mondiale grâce au Parlement européen. Je pense que la commission d’enquête prendra des mesures importantes et révélera encore plus de failles, défauts et accords secrets. On peut espérer qu’elle change alors les lois nationales et internationales : les gens doivent comprendre que cette situation n’est pas normale et qu’il faut y remédier. Mais c’est aussi un processus qui prend du temps. Combien d’années a-t-il fallu attendre avant que des magistrats anglais et espagnols décident qu’il n’était pas normal que des dictateurs, ayant tué ou fait tuer, puissent voyager en toute impunité à l’étranger, comme ce fut le cas pour Pinochet ? Ce dernier a beau avoir été autorisé à rentrer dans son propre pays, les choses ne sont désormais plus comme avant. Ce genre de perspective est nouvelle et il s’agit bel et bien d’une campagne internationale en faveur des droits de l’homme. La mondialisation entraîne un certain nombre de dérives, comme Mc Donald’s ou encore l’espionnage américain, mais aussi de bonnes choses. Ainsi, cette culture de la démocratie, des droits de l’homme qui, depuis 20 ans, traverse l’Amérique Latine ou encore l’Asie, où il était impensable, il y a quelques années encore, d’imaginer que des dictateurs puissent être inquiétés. Nous avons mis du temps à nous apercevoir de cette violation de la vie privée au niveau des communications internationales, mais l’Europe se trouve à la pointe de la protection de la vie privée. Le processus dans lequel est aujourd’hui engagé le Parlement européen se répand dans le monde entier.

Et quid de Frenchelon, le système français de surveillance électronique ?

Je n’ai pas inventé le terme Frenchelon. Je pense que ce sont les services de renseignements anglais qui l’ont créé en vue de faire de la propagande anti-française. Le mot Echelon étant devenu si populaire, et les Français n’arrêtant pas de s’en servir pour leur taper dessus, ils ont dû ressentir une forme d’injustice dans la mesure où les Français font pareil, même si leurs capacités en la matière sont limitées. Depuis leur reconstitution après la Deuxième Guerre Mondiale, les services de renseignement français ont toujours été très forts en matière de d’intelligence des signaux. Avant même l’invasion de la France, ils écoutaient déjà les nazis. Le principal organisme en la matière fut le GCR (Groupement de contrôle radioélectrique) qui mit en place des stations d’écoute en France et dans ses colonies. Aujourd’hui, c’est la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) qui s’en charge et entretient un certain nombre de stations réparties dans le monde entier. Selon Jean Guisnel, journaliste au Point et spécialiste du sujet, il y en aurait ainsi en Nouvelle-Calédonie, à Kourou, en Guyane, à Domme, près de Sarlat en Dordogne (en collaboration avec le BND, l’équivalent allemand de la DGSE). Une trentaine de pays au moins ont ainsi développé leur propre programme de surveillance des télécommunications. Une dizaine d’entre eux collaborent d’ailleurs avec le réseau anglo-saxon, au nombre desquels on compte le Japon, la Corée du Sud, la Turquie, la Norvège, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas...

Entretien réalisé en juillet 2000 à Bruxelles dans le cadre de World Information 2000.

(1) Surveillance électronique planétaire, Duncan Campbell, éd. Allia, 176 p., 40 F.

Retrouvez dans Transfert magazine le portrait de Duncan Campbell

World Information 2000:
http://www.world-information.org Le site de Duncan Campbell:
http://www.iptvreports.mcmail.com/ Centre de soutien à l’international du département du commerce américain:
http://www.ita.doc.gov/td/advocacy/
 
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